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Exposition Konrad Loder
Le point de vue de Claude Spielmann
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ETONNE DU MONDE
Etonné du monde, Konrad Loder nous étonne. Tant d'obstination régulière et tranquille, sans autre projet que celui de continuer.
La recherche répond à son étonnement qui n'est pas naïf. Que recherche-t-il ? Lui seul croit le savoir et il a mille manières de formuler et de représenter ses questions en réalité informulable. Peut-être se demande-t-il : le monde, comment tourne-t-il ? Mais au fait tourne-t-il ?
Le monde en son principe ne cesserait de nous angoisser si l'on n'y prenait garde. Konrad Loder ne se garde pas. Le monde qui fondamentalement l'angoisse est celui qui se donne à voir et à saisir par sa matérialité. Tente-il en retour d'angoisser ce monde pour qu'il rende raison ?
J'aime comme il en traite cette matérialité, certains diraient la maltraite mais ce serait une erreur. Les matériaux aléatoires dont il se saisit ne sont pas des cadavres. Il leur insuffle sa sensibilité et sa vie. Ils sont des moments d'existence. Ils sont les restes d'un univers à reconstruire ou à construire autrement pour, inlassablement, mettre en question l'incroyable variété des formes, leur naissance et leur développement.
L'ordonnance du monde donné ne le satisfait pas car on ne peut se satisfaire d'un monde clos, saturé, fini. Chaque œuvre devient ainsi une création provisoire d'une version du monde. La mort ne serait-elle rien, rien d'autre qu'un désespoir prématuré ? Ou serait-elle une illusion que les créations plastiques pourraient démentir ? Pour un temps ?
Pour entrer dans l'ordonnance du monde, il privilégie bien sûr les rebus dispersés et abandonnés, les fragments épars, les éclats morcelés du monde morcelé, les bouts inutiles qui ne servent à rien d'autre qu'à témoigner d'une existence passée. Il doit savoir que dans cette fin d'utilité se trouve un principe qui, pour être inaccessible, n'en est pas moins à traquer. Ses outils, ses compagnons, sont nombreux : du végétal à l'abstraction du virtuel, des plantes cultivées avec soin à l'ordinateur, de la pensée à la force physique.
Claude Spielmann
Mai 2008
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